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Climate Dividends  Un nouvel indicateur extra-financier pour valoriser la contribution climatique des entreprises

Qu’est-ce que les Climate Dividends ?

Les Climate Dividends (ou dividendes climat) sont un nouveau mécanisme extra-financier destiné à mesurer et valoriser l’impact positif qu’une entreprise apporte au climat. Concrètement, un Climate Dividend correspond à 1 tonne de CO₂ évitée ou séquestrée par une entreprise – à ne pas confondre avec ses réductions d’émissions internes – et ce « dividende climat » peut être revendiqué par les actionnaires de l’entreprise. Il s’agit en quelque sorte du miroir d’un dividende financier, mais en termes de contribution climatique : plus une entreprise contribue à décarboner l’économie, plus les investisseurs qui la soutiennent reçoivent de dividendes climat en proportion de leur participation.

Cette idée a été portée par l’Association Climate Dividends, une initiative lancée en France en 2022 par plusieurs acteurs majeurs (dont l’ADEME, l’investisseur Mirova, la plateforme Team for the Planet et la société Sweep) et présidée par l’ancienne secrétaire d’État Brune Poirson. La raison d’être de ce dispositif est bien résumée par une question qu’elle posait dans une tribune : « Lorsqu’une entreprise est profitable, elle peut distribuer des dividendes financiers à ses actionnaires. Pourquoi l’équivalent n’existe-t-il pas pour une entreprise dont l’activité est bénéfique pour le climat ? » (urbanomy.io). Autrement dit, le système économique actuel ne récompense pas spécifiquement les entreprises et investisseurs qui œuvrent pour la transition écologique – un déséquilibre que les Climate Dividends cherchent à corriger.

Pourquoi un tel mécanisme climatique ?

Le concept des Climate Dividends part d’un constat d’injustice et d’inefficience dans le système actuel de comptabilisation carbone. Aujourd’hui, un investisseur qui finance une entreprise « verte » doit malgré tout comptabiliser les émissions de cette entreprise dans son propre bilan carbone (scope 3), au prorata de son investissement, sans qu’aucune valeur positive ne soit reconnue en face. Paradoxalement, cela signifie qu’une société qui investit dans des solutions bas-carbone voit son empreinte carbone alourdie par les émissions de ces activités qu’elle finance, sans pouvoir mettre en avant les tonnes de CO₂ évitées grâce à ces mêmes activités. Ce manque de reconnaissance des effets bénéfiques décourage potentiellement les flux de capitaux vers les projets climatiques.

 

Les Climate Dividends comblent ce vide en proposant de standardiser et tracer ces impacts climatiques positifs. Grâce à ce mécanisme, on peut d’une part valoriser les entreprises qui apportent une contribution significative à la décarbonation, et d’autre part récompenser les investisseurs qui rendent ces innovations possibles en les finançant. Il s’agit donc d’orienter le financement de la transition écologique : comme l’a souligné le GIEC, les besoins d’investissement climat d’ici 2030 devront être multipliés par 3 à 6 fois par rapport aux niveaux actuels pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris (sweep.net). Apprendre à mesurer et valoriser l’impact positif des entreprises via un indicateur reconnu comme les Climate Dividends sera un pas de plus vers une économie bas-carbone, en complément de la réduction des émissions négatives (sweep.net). En somme, si la réduction de l’empreinte carbone reste primordiale, la contribution positive doit elle aussi être suivie et encouragée afin de créer un cercle vertueux incitant toutes les entreprises à innover en faveur du climat. C’est précisément l’objectif de ce nouveau mécanisme.

Comment fonctionnent les Climate Dividends ?

Concrètement, la démarche pour émettre des Climate Dividends se déroule en plusieurs étapes clés : 

  1. Vérifier l’éligibilité de l’entreprise : l’entreprise doit d’abord répondre à certains critères, notamment avoir évalué son empreinte carbone (et reconnu ses émissions “négatives”) et disposer d’un plan de transition crédible vers la neutralité carbone. De plus, la solution qu’elle propose doit être alignée sur une trajectoire 1,5°C (conforme par exemple à la taxonomie européenne ou aux recommandations du GIEC) et ne pas causer d’impacts négatifs significatifs par ailleurs (pas d’effet néfaste sur la biodiversité, etc.).
  2. Mesurer les émissions de CO₂ évitées ou séquestrées par la solution de l’entreprise : il s’agit de calculer, suivant une méthodologie standardisée, le volume d’émissions évitées grâce à l’utilisation de son produit ou service (par rapport à une situation de référence plus émettrice). Ces calculs doivent être documentés de manière transparente dans un dossier méthodologique. (Par exemple, un fabricant de pompes à chaleur peut montrer que ses clients ont émis beaucoup moins de CO₂ qu’ils ne l’auraient fait avec des chaudières traditionnelles – on estime ainsi qu’une pompe à chaleur génère ~0,10 kg CO₂ par kWh de chauffage, contre 0,24 kg pour une chaudière classique, ce qui représente environ 153 tonnes de CO₂ évitées par an grâce aux pompes à chaleur vendues par le fabricant d’après sweep.net.) L’équipe ACV&Ecoconception de CorpoKarma, grâce à son expertise méthodologique et technique (matériaux, chimie & agro) est en capacité de vous guider dans ces deux premiers exercices qui nécessitent rigueur méthodologique, approche scientifique de la mesure d’impact multicritères et capacité de projection dans le temps.
  3. Faire auditer et vérifier les résultats par un tiers indépendant : une fois l’estimation des émissions évitées réalisée, elle est soumise à une vérification externe. Un auditeur agréé (appelé Validator & Verificator dans le protocole) contrôle que la méthodologie employée est conforme au protocole Climate Dividends et vérifie les données et calculs. Si tout est en ordre, une attestation d’assurance positive est délivrée, gage de robustesse et de crédibilité de la démarche.
  4. Convertir les tonnes de CO₂ évitées en Climate Dividends : après validation, l’entreprise enregistre officiellement sa “claim” d’émissions évitées dans un registre public de l’association climate-dividends.com. Les tonnes de CO₂ évitées (ou retirées de l’atmosphère) sont alors converties en unités de Climate Dividends au taux de 1 tCO₂ = 1 Climate Dividend. L’entreprise émet ainsi ses dividendes climat de l’année en cours.
  5. Distribuer les Climate Dividends aux actionnaires : enfin, les dividendes climat sont alloués aux actionnaires de l’entreprise, au prorata de leur part de capital (de manière similaire à la répartition d’un dividende financier classique). Chaque investisseur reçoit un certificat indiquant le nombre de tonnes de CO₂ évitées qu’il peut revendiquer au titre de sa participation. Il est important de noter que ces dividendes climat n’ont pas de valeur monétaire directe – ils constituent une preuve extra-financière symbolique de l’impact climatique, et non un versement en cash. Néanmoins, à l’avenir, certains imaginent que ce dispositif pourrait évoluer vers une forme de valorisation financière (par exemple en associant un prix à la tonne de CO₂ évitée) pour accélérer encore la transition.

Ce processus, élaboré de façon collaborative et standardisée, est aujourd’hui en phase de déploiement pilote. En 2024, environ 40 entreprises pionnières participent à l’initiative et plus de 100 investisseurs institutionnels ont déjà reçu des dividendes climat issus de ces premières expérimentations. Des grands noms comme Décathlon font partie des précurseurs ayant testé ce mécanisme, tout comme des sociétés innovantes (Vestiaire Collective, Sylva, etc.) et des fonds d’investissement à impact (EurazeoADEME InvestissementMirova…) désireux de standardiser la mesure des émissions évitées dans leurs portefeuilles. L’Association Climate Dividends recueille actuellement les retours du public via une consultation afin d’affiner encore le protocole, signe que le concept est amené à évoluer et à gagner en robustesse.

Intégrer les Climate Dividends dans votre stratégie RSE et reporting

Pour les entreprises engagées dans la transition, adopter les Climate Dividends présente plusieurs intérêts stratégiques. Tout d’abord, c’est un nouvel indicateur de performance durable qui vient compléter le reporting extra-financier traditionnel. Dans le cadre des obligations réglementaires croissantes (comme la CSRD européenne ou la Déclaration de Performance Extra-Financière en France), les entreprises doivent non seulement divulguer leurs empreintes carbone, mais aussi de plus en plus mettre en avant comment elles contribuent positivement à la lutte contre le changement climatique. Les Climate Dividends offrent un moyen concret d’intégrer cette contribution au climat dans vos rapports RSE. Par exemple, une entreprise peut communiquer dans son reporting annuel le nombre de tonnes de CO₂ qu’elle a permis d’éviter chez ses clients, avec la garantie que ce chiffre a été calculé selon une méthode approuvée et vérifiée. Cet indicateur s’avère complémentaire à d’autres cadres de la finance durable (il est cohérent avec les fonds Article 8/9 du règlement SFDR, les standards PCAF pour les émissions financées, etc.), renforçant ainsi la cohérence globale de votre stratégie climat.

 

Ensuite, les Climate Dividends sont un outil de communication puissant et sécurisé. Dans un contexte où le greenwashing est de plus en plus scruté, pouvoir annoncer des résultats climatiques positifs appuyés par une méthodologie transparente et un audit indépendant est un réel atout. En adoptant ce mécanisme, vous montrez à vos parties prenantes – investisseurs, collaborateurs, grand public – que votre entreprise prouve scientifiquement sa contribution climatique sans craindre d’être mise en cause pour des allégations infondées. Cette crédibilité renforce votre image de marque et votre positionnement en tant que leader climatique, tout en sensibilisant positivement vos équipes en interne. Certains pionniers ont constaté un effet mobilisateur : par exemple, la société de rénovation durable Acorus indique avoir utilisé les dividendes climat pour fédérer ses collaborateurs autour de sa transition tout en obtenant de meilleures conditions de financement bancaire grâce à la reconnaissance de son impact environnemental.

Par ailleurs, intégrer les Climate Dividends peut s’inscrire dans le plan de contribution climat de votre entreprise. Au-delà de la réduction de vos propres émissions, vous pouvez choisir de soutenir ou d’investir dans des solutions externes qui évitent du carbone (un peu à la manière d’achats de crédits carbone ou du mécénat climatique). Les tonnes de CO₂ évitées ainsi générées et certifiées via les Climate Dividends peuvent être comptabilisées dans votre stratégie de neutralité carbone au même titre que d’autres contributions volontaires. Cela donne une vision plus complète de votre engagement climatique : vous réduisez ce que vous pouvez, et pour le reste vous contribuez activement à des réductions ailleurs dans l’économie, en toute transparence.

 

Enfin, sur le plan financier, même si les dividendes climat ne sont pas monétaires aujourd’hui, ils peuvent avoir des retombées économiques indirectes. En quantifiant ce qu’on pourrait appeler un « goodwill climatique », ce nouvel indicateur peut aider à valoriser différemment une entreprise auprès des investisseurs soucieux de durabilité. Une société capable de démontrer, chiffres audités à l’appui, qu’elle fait éviter X tonnes de CO₂ chaque année pourra plus aisément attirer des financements verts (fonds d’investissement à impact, banques proposant des prêts bonifiés type sustainability-linked loans, etc.). On voit également poindre des mécanismes de bonus/malus liés aux critères ESG : un investisseur pourrait envisager des récompenses financières (carried interest bonifié, bonus managériaux) si des objectifs de Climate Dividends sont atteints par son portefeuille. Autrement dit, l’intégration de cette métrique dans le pilotage de la performance peut encourager concrètement les comportements vertueux, en alignant intérêt économique et intérêt climatique.

Vers une généralisation des dividendes climat ?

Bien qu’ils en soient à leurs débuts, les Climate Dividends s’inscrivent dans une tendance de fond visant à redéfinir la notion de valeur en entreprise. En élargissant le concept de dividende aux accomplissements environnementaux, ce mécanisme innovant cherche à « prendre le capitalisme à son propre jeu » selon les mots de Brune Poirson (urbanomy.io). Il ne prétend pas résoudre à lui seul la crise climatique, mais apporte « une pierre de plus à l’édifice » (sweep.net) en incitant les acteurs économiques à financer massivement les solutions de décarbonation. Pour une entreprise, s’intéresser aux dividendes climat, c’est faire le choix d’une mesure positive, standardisée et crédible de son impact, et signaler à son écosystème que la création de valeur durable fait partie intégrante de sa mission.

 

En tant que dirigeant, responsable RSE ou décideur de la transition, vous avez tout intérêt à suivre de près cette évolution. Les règlementations et attentes des investisseurs évoluent vers plus de transparence sur les risques et les contributions climatiques ; tôt ou tard, savoir quantifier et valoriser vos « bénéfices climat » pourrait devenir un avantage concurrentiel décisif. Des entreprises de premier plan comme Decathlon ont déjà montré la voie en expérimentant ce cadre, ouvrant la porte à une adoption plus large.

 

Si le sujet des Climate Dividends vous intrigue et que vous envisagez de l’intégrer à votre stratégie, n’hésitez pas à vous y préparer dès maintenant. Cela implique d’évaluer l’éligibilité de vos activités, de mettre en place le suivi des émissions évitées et de faire certifier vos résultats selon un protocole reconnu au fil duquel CorpoKarma peut vous guider. Le chemin peut sembler technique, mais il en vaut la peine pour qui veut prendre une longueur d’avance dans le reporting extra-financier de demain. En vous faisant accompagner par des experts du développement durable, vous pourrez déployer efficacement ce mécanisme et communiquer avec assurance sur vos progrès climatiques. Les Climate Dividends offrent une occasion de plus de prouver que performance économique et responsabilité environnementale peuvent aller de pair – une opportunité à saisir pour les entreprises qui aspirent à être les moteurs du monde de demain.

Vous souhaitez en savoir plus au sujet des Climate Dividends ?   Contactez-nous et construisons ensemble votre transition !

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