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Décarbonation du secteur du Bâtiment êtes-vous prêts pour 2050 ?

Le secteur du bâtiment est à la fois l’une des premières causes et l’une des solutions les plus puissantes aux défis environnementaux de la France. Avec 153 Mt CO₂e émises en 2019, soit 25 % de l’empreinte carbone nationale annuelle (1), la décarbonation du secteur du bâtiment devient un enjeu considérable. Les deux tiers de ces émissions proviennent de l’utilisation des bâtiments (chauffage, climatisation, éclairage), et un tiers de leur construction (matériaux, chantier, transport).

Par Magdeleine Zlatoff

Consultante climat chez CorpoKarma. Elle accompagne des entreprises du secteur du bâtiment à construire leur stratégie climat avec la démarche ACT Pas à Pas de l’ADEME.

 

Face à l’urgence climatique, les pouvoirs publics ont durci les objectifs : la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC 3) vise une réduction de 60 % des émissions du secteur du bâtiment d’ici 2030 et de 97 % à l’horizon 2050 par rapport à 1990. La réglementation RE2020, déjà entrée en vigueur, resserrera encore ses seuils en 2028 et 2031. Ces évolutions réglementaires témoignent d’une transformation profonde et systémique en marche.

La vraie question n’est donc plus de savoir si le secteur va changer, mais à quelle vitesse et selon quelle trajectoire. Comment les entreprises du bâtiment peuvent-elles anticiper ces ruptures pour en faire des opportunités plutôt que des menaces ?

Objectifs, scénarios et réglementation sur le bâtiment 

1. Les scénarios de l’ADEME à l’horizon 2050

En 2021, l’ADEME a modélisé 4 trajectoires permettant d’atteindre la neutralité carbone en France à l’horizon 2050. Toutes impliquent une transformation radicale du secteur du bâtiment, avec des différences notables selon l’approche retenue.

L’un des scénarios (« Génération frugale ») mise sur la sobriété et la résilience. Il prévoit la rénovation de 80 % des logements au niveau BBC, l’abandon total du fioul et du gaz dans les constructions neuves, et une limitation forte de la construction neuve au profit de la rénovation massive. Les matériaux biosourcés, notamment le bois, représentant 37 à 50 % des modes constructifs, y jouent un rôle central, aux côtés des isolants biosourcés (30 à 45 %) et du recyclage des matériaux traditionnels (70 % de l’acier, aluminium, verre, papier-carton et plastiques). Les déplacements liés au bâtiment sont décarbonés à 90 % pour les véhicules particuliers et 45 % pour les VUL électriques.

Un autre scénario (« Technologies vertes ») s’appuie, quant à lui, davantage sur l’innovation technologique pour décarboner. La déconstruction-reconstruction à grande échelle remplace en partie la rénovation performante (seulement 20 % des logements rénovés au niveau BBC). La décarbonation des matériaux traditionnels (béton bas carbone, acier produit par réduction directe) et des énergies (22 % des logements chauffés au réseau de chaleur urbain, 15 % avec des pompes à chaleur) devient la priorité. Le bois représente 21 à 34 % des modes constructifs, avec 60 % des matériaux traditionnels issus du recyclage.

De manière plus générale, les scénarios convergent vers un parc bâti massivement rénové, des matériaux bas carbone dominants, et une mobilité décarbonée sur les chantiers. Les différences portent principalement sur le rythme, les outils privilégiés et le niveau de sobriété demandé.

2. Les objectifs de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC 3)

La SNBC 3, actuellement en cours de finalisation par les ministères de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique, fixe des objectifs précis pour le secteur :

Pour le secteur du bâtiment (exploitation) :

  • Rénover 700 000 logements par an en moyenne, avec au moins 2 sauts de classe DPE entre 2025 et 2030, dont 250 000 rénovations d’ampleur
  • Éradiquer les passoires énergétiques (DPE F et G) d’ici 2035-2040
  • Parvenir à un parc composé majoritairement de DPE A, B voire C en 2050
  • Réduire les consommations énergétiques du tertiaire en cohérence avec le dispositif Éco Énergie Tertiaire
  • Décarboner les matériaux et promouvoir les biosourcés dans la construction neuve

Pour le secteur industriel (incluant les matériaux de construction) 

  • Renforcer la tarification carbone et les outils réglementaires de décarbonation de l’industrie
  • Mobiliser l’économie circulaire : la REP PMCB impose qu’à partir de 2028, 5 % des produits et matériaux de construction soient réutilisés ou réemployés (contre 2 % en 2024)
  • Transformer les procédés de fabrication : acier produit par réduction directe du minerai de fer, réduction du taux de clinker dans le ciment
  • Développer l’incorporation de matières premières recyclées

3. La réglementation RE2020 : des seuils de plus en plus exigeants

Entrée en vigueur en 2022 pour les maisons individuelles et 2023 pour les logements collectifs et le tertiaire, la RE2020 engage déjà le secteur dans une trajectoire vers la construction bas carbone. Ses ambitions sont claires :

  • Diminuer de 30 à 40 % les émissions de la construction (en kgCO₂e/m²)
  • Avantager les matériaux biosourcés (bois, paille, chanvre…) qui stockent du carbone dans les bâtiments
  • Encourager l’innovation en mixité des matériaux (bois-béton) et le béton bas carbone
  • Renforcer les ACV (Analyses de Cycle de Vie) avec des données environnementales spécifiques aux matériaux utilisés

Les seuils prévus pour 2028 et 2031 resserreront encore davantage les exigences carbone à la construction, rendant incontournable l’usage généralisé des biosourcés et la maîtrise des impacts des matériaux tout au long de leur cycle de vie.

4. Le réchauffement climatique : une contrainte supplémentaire pour les bâtiments

Au-delà de la transition bas carbone, le réchauffement climatique lui-même transforme les besoins des bâtiments. Par exemple, les fortes chaleurs estivales modifient profondément les usages : la demande en climatisation augmente fortement, ce qui risque de créer une spirale contre-productive si elle est couverte par des énergies carbonées. Les bâtiments devront donc être conçus ou rénovés pour résister à la chaleur sans recourir massivement à la climatisation active (isolation renforcée, toitures végétalisées, protections solaires, inertie thermique).

Ce double défi de réduction des émissions tout en s’adaptant aux nouvelles conditions climatiques, redéfinit les critères de performance des bâtiments et les compétences requises pour les concevoir, les construire et les exploiter.

Enjeux concrets pour les entreprises du bâtiment  

1. Les enjeux spécifiques à anticiper

La transition bas carbone impose aux entreprises du bâtiment quatre transformations majeures, à engager dès maintenant :

  • Maîtriser les nouveaux matériaux (biosourcés, réemployés, bas carbone) : leur montée en puissance est à la fois réglementaire (RE2020, REP PMCB) et commerciale. Cela implique de revoir les pratiques de chantier et les filières d’approvisionnement.
  • Développer de nouvelles compétences : ACV, FDES, rénovation performante, pilotage énergétique… Ces expertises encore rares deviendront des avantages concurrentiels décisifs.
  • Anticiper les évolutions réglementaires : RE2020, SNBC 3, Éco Énergie Tertiaire : chaque nouveau seuil crée des obligations, mais aussi de nouveaux marchés pour ceux qui s’y préparent à l’avance.
  • Adapter les bâtiments au climat : concevoir pour résister à la chaleur sans recourir massivement à la climatisation active est désormais un critère de performance à part entière.

2. Ce qu’imaginent les acteurs du bâtiment : retour sur un exercice de prospective

Chez CorpoKarma, nous avons accompagné un groupe d’acteurs du secteur dans un exercice de projection : imaginer un chantier en 2050, dans un monde bas carbone, avec ses nouvelles contraintes (réduction drastique des émissions, matériaux recyclés ou biosourcés en priorité, coût de l’énergie élevé, réglementations renforcées).

Deux visions distinctes ont émergé du groupe : une trajectoire plus axée sur la technologie et une plus sur la sobriété et la résilience.

Mais des points communs structurants sont ressortis des 2 visions :

  • Montée en puissance du réemploi et des matériaux bas carbone
  • Transports et déplacements décarbonés sur les chantiers
  • Engagements sur la performance énergétique réelle (pas seulement théorique)
  • Exigences réglementaires nettement accrues
  • Évolution profonde des compétences et des modèles économiques

Ce travail de projection n’est pas qu’un exercice intellectuel. Il a permis à chacun des acteurs de prendre conscience des ruptures à venir et de commencer à dessiner leur propre trajectoire : quelles activités développer, quelles compétences acquérir, quels partenariats nouer, quels investissements prioriser. Anticiper ces bifurcations est précisément ce que permet la démarche ACT Pas à Pas, développée par l’ADEME.


Comment vous préparer à un avenir transformé ?  

Face à l’ampleur des transformations à venir, la tentation est souvent de se limiter à un plan d’action court terme : réduire ses consommations d’énergie ici, changer quelques achats là. C’est nécessaire, mais insuffisant. Les vraies ruptures (changement de modèle économique, montée des biosourcés, évolution des compétences) ne se gèrent pas à 12 mois. Elles se préparent sur 5 à 10 ans, et les décisions structurantes doivent être prises maintenant.

La démarche ACT Pas à Pas de l’ADEME est précisément conçue pour construire cette vision long terme et la traduire en actions concrètes, étape par étape :

  1. Evaluez la maturité de votre entreprise face aux enjeux climat : où en êtes-vous sur la mesure de vos émissions, votre gouvernance, vos pratiques d’achat ?
  2. Analysez vos enjeux spécifiques : risques et opportunités liés à la transition bas carbone, forces et faiblesses de votre modèle actuel face aux évolutions réglementaires et de marché.
  3. Définissez votre vision d’entreprise dans un monde bas carbone : où voulez-vous être en 2035, en 2050 ? C’est l’étape de prospective qui ancre toute la stratégie dans un horizon temporel réaliste.
  4. Définissez vos axes stratégiques : quelles priorités pour décarboner votre activité et saisir les opportunités de la transition ?
  5. Construisez votre plan d’action : mesures concrètes, jalons, responsables, indicateurs de suivi.

Pour en savoir plus sur la démarche ACT Pas à Pas de l’ADEME, rendez-vous sur le site web dédié.

Pour découvrir le témoignage d’une entreprise accompagnée sur la démarche ACT Pas à pas, c’est ici : (lien à venir d’un cas client LGR Packaging)

En résumé  

Le secteur du bâtiment est à un carrefour historique :

  • Le bâtiment est un secteur clé pour décarboner la France : avec 25 % de l’empreinte carbone nationale, il concentre à la fois un enjeu majeur et un potentiel de réduction sans équivalent.
  • La construction et l’utilisation des bâtiments vont être profondément transformées par la réglementation (RE2020, SNBC 3, REP PMCB), par les nouvelles exigences de marché et par le changement climatique lui-même. Cette dynamique est déjà en marche.
  • Projeter son entreprise à long terme permet d’anticiper les ruptures et de décider aujourd’hui des transformations structurantes. Les entreprises qui engagent dès maintenant leur réflexion stratégique à l’horizon 2050 seront les mieux positionnées pour traverser cette transition et en faire un avantage concurrentiel.

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