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Matières premières critiques
VoltR, quand les batteries lithium en fin de première vie deviennent un actif industriel à valoriser
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Les matières premières critiques sont devenues un sujet de souveraineté et de compétitivité. Sans lithium, cobalt ou nickel, une partie de la transition énergétique est inatteignable. Pourtant, ce qui manque souvent, ce ne sont pas des intentions : ce sont des modèles industriels qui fonctionnent déjà, aujourd’hui, à l’échelle des produits et des usages.
VoltR fait partie de ces acteurs qui considèrent qu’un produit en fin de vie ne doit pas directement aller au recyclage alors qu’une seconde vie est possible.
Cette start-up française, fondée avec l’ambition de repenser la fabrication des batteries lithium-ion comme une solution industrielle durable et souveraine, s’illustre aujourd’hui comme une référence de la remanufacture et comme un acteur de terrain capable de tisser les maillons d’une chaine de valeur circulaire, locale, performante et compétitive.
Cette approche se traduit déjà par des résultats industriels concrets : depuis 2023, VoltR a récupéré plus de 104 tonnes de batteries lithium-ion, dont 82% des cellules reçues sont jugées aptes au réemploi, illustrant la maturité opérationnelle de son modèle.
En intégrant directement l’éco-circularité dans son modèle d’affaires, VoltR construit les bases d’une trajectoire industrielle où la valeur fonctionnelle d’un objet technologique (ici la batterie lithium-ion) est prolongée et réinjectée dans des usages à fort besoin. Une dynamique qui contribue simultanément à réduire la pression sur les matières premières critiques et à renforcer la souveraineté européenne en matière énergétique et industrielle.
VoltR, une start-up positionnée au coeur des enjeux de MPC
Le modèle de VotR repose sur le principe selon lequel la batterie usagée n’est pas une déchet mais un gisement. La start-up a structuré son activité autour de deux volets complémentaires :
- Le premier consiste à collecter les batteries en fin de première vie via des éco-organismes mandatés par l’Etat (comme Batribox ou Corepile), à les démanteler et à identifier, cellule par cellule, celles dont les performances et l’état sont intacts pour permettre leur réemploi dans des batteries neuve.
- Le second volet prolonge ce travail par la remanufacture, qui consiste à réassembler ces cellules fonctionnelles en nouvelles batteries destinées à des usages diversifiés, puis à les commercialiser auprès de clients industriels, ou depuis peu auprès du grand public dans des batteries d’outillage mises en vente chez Leroy-Merlin.
“Aujourd’hui, en moyenne, une batterie lithium n’a été utilisée qu’à 20% de son potentiel, avant d’être envoyée au recyclage. Il reste donc 80% de performance résiduelle. Nous avons développé un processus industriel, innovant et rigoureux, qui consiste d’abord à démonter des batteries lithium en fin de première vie, pour isoler chacun de leurs composants et conserver les cellules lithium. Puis, avec nos outils d’intelligence artificielle, nous évaluons la performance résiduelle de chaque cellule lithium, et nous pouvons prédire comment cette performance va durer. Cela nous permet de garantir l’utilisation des bonnes cellules pour les bonnes applications, et de mettre sur le marché des batteries lithium performantes, garanties, conformes à toutes les normes en vigueur, et à l’empreinte écologique considérablement réduite.” (Maxime Bleskine, CEO de VoltR).
En 2025, plus de 200 000 cellules lithium ont ainsi été réemployées, avec une trajectoire industrielle qui projette un million de cellules remanufacturées dès 2026.
L’importance de cette démarche apparaît plus clairement encore lorsque l’on considère la place stratégique qu’occupent les batteries lithium-ion dans nos économies contemporaines. Elles sont par exemple omniprésentes dans la mobilité légère, les appareils électroniques, l’outillage professionnel, et constituent un composant indispensable des technologies de transition énergétique. Leur fabrication mobilise des quantités significatives de métaux critiques (lithium, cobalt, nickel) dont l’approvisionnement conditionne directement la stabilité des chaînes de valeur industrielles.
En prolongeant substantiellement la durée de vie des cellules de batterie, VoltR identifie donc une voie concrète pour préserver ces ressources stratégiques et atténuer notre dépendance aux pays exportateurs, comme la Chine.
Chaine de valeur et structuration de la circularité des batteries
La position de VoltR dans la chaîne de valeur est d’autant plus singulière qu’elle repose sur une articulation étroite entre ingénierie de pointe et coopération industrielle. La collecte constitue souvent l’un des freins majeurs aux modèles de circularité, car elle fait face à plusieurs enjeux de sensibilisation et de pratiques à adopter, comme la retour des équipements, le manque de tri, ou encore la méconnaissance de la valeur résiduelle des déchets industriels.
VoltR a su lever cet obstacle en développant des relations de confiance avec plusieurs industriels de premier plan. L’entreprise collabore par exemple avec Lime ou Valeo, dans le cadre d’un partenariat visant à construire une offre de réparation et de fourniture de batteries pour la mobilité légère (vélos et trottinettes électriques), mais également avec Hilti, acteur international du domaine de l’outillage professionnel, qui lui transfère des batteries de haute qualité en fin de première vie.
Par ailleurs, VoltR s’appuie de manière centrale sur les éco-organismes dont le rôle, croissant, est de prendre en charge la fin de vie des équipements mis sur le marché par un producteur. Ces organismes, comme Batribox, jouent un rôle décisif dans la régulation et la structuration des flux de batteries usagées, pour intégrer VoltR et son activité dans la chaine de valeur des batteries lithium-ion.
Cette coopération contribue à corriger une asymétrie d’informations encore très fréquente : de nombreux industriels ignorent la valeur intrinsèque de leurs déchets ou continuent de stocker des batteries en fin de vie, alors même que ces éléments constituent des risques opérationnels et environnementaux. VoltR joue un rôle pédagogique en sensibilisant ces acteurs à la valeur de ces déchets, à l’intérêt économique et écologique de la remanufacture, et à la hiérarchie des traitements dans laquelle la seconde vie, lorsqu’elle est possible, préserve davantage de valeur que le recyclage direct.
Sur le plan commercial, l’activité de VoltR atteint aujourd’hui une maturité nouvelle, marquée par un tournant stratégique : son entrée dans l’ensemble du réseau Leroy Merlin. La start-up y commercialise désormais, dans 140 magasins, trois modèles de batteries d’outillage portatif conçues à partir de cellules issues d’une première vie et compatibles avec les grandes marques du secteur. Les 1èrs retours des consommateurs sont particulièrement positifs, signe de l’attractivité d’un modèle qui conjugue performance technique, réduction de l’impact environnemental et prix compétitif.
Mesure d’impact, ACV et transformation des référentiels nécessaire : VoltR fait évoluer le marché et les modes de consommation
La structuration de cette chaîne de circularité s’accompagne d’un enjeu crucial de mesure de l’impact environnemental. Dans un contexte où les entreprises et les consommateurs sont de plus en plus attentifs à la traçabilité et à la transparence des produits, les acteurs industriels exigent des preuves tangibles de la performance écologique des solutions circulaires. En atteste, la création en 2022 par le groupe ADEO de l’indicateur environnemental et social : Home Index. VoltR s’inscrit pleinement dans cette dynamique, notamment par la réalisation d’une analyse de cycle de vie comparative (téléchargeable ici), menée avec l’appui de Corpokarma, qui quantifie et met en valeur la réduction des impacts environnementaux des batteries VoltR par rapport aux batteries neuves produites en première vie.
La nécessité de renforcer l’information et la sensibilisation ne concerne pas seulement les industriels, mais également les distributeurs et les consommateurs. Les discussions engagées avec Leroy Merlin illustrent cette exigence croissante de pédagogie, dans la mesure où l’enseigne a souhaité disposer de données précises et d’outils clairs pour valoriser l’impact réduit des batteries VoltR. Dans ce contexte, un obstacle majeur demeure : les référentiels d’affichage environnemental actuellement utilisés pour évaluer les batteries, tel que le référentiel Home Index, ne tiennent pas compte de leur première vie. Ainsi, un produit remanufacturé, qui devrait logiquement se situer au meilleur niveau en termes d’impact, reste évalué selon un cadre méthodologique pensé pour des produits neufs fabriqués ex nihilo. Cette incohérence souligne la nécessité d’une évolution réglementaire afin d’intégrer la remanufacture et l’éco-circularité dans les standards d’évaluation, sous peine de pénaliser les acteurs les plus vertueux, de manquer de transparence envers les consommateurs et de limiter la diffusion de modèles indispensables à la transition industrielle.
Un modèle qui répond directement aux enjeux géopolitiques et environnementaux des MPC
L’approche de VoltR apporte une réponse directe et efficiente à la crise des matières premières critiques. En prolongeant la durée de vie des cellules de batteries, la start-up contribue à réduire la pression sur des ressources stratégiques dont l’accès conditionne la souveraineté économique et industrielle de l’Europe. De ce fait, cette démarche s’inscrit dans les objectifs définis par l’Union européenne dans son plan RESourceEU, qui entend accroître ses capacités d’extraction, de transformation et de recyclage, tout en limitant sa dépendance aux principaux exportateurs, à commencer par la Chine.
Les bénéfices environnementaux s’avèrent également considérables. En effet, une batterie lithium standard traverse un cycle de vie énergivore, la remanufacture permet alors de conserver la valeur fonctionnelle et l’énergie grise déjà investies dans la première batterie, réduisant drastiquement les impacts liés à l’extraction, au raffinage et à la fabrication de nouvelles cellules. Prenons l’exemple des batteries d’outillage életroportatif, qui alimentent des outils comme les perceuses, visseuses ou tondeuses électriques. VoltR , en utilisant des batteries Li-ion, NMC 811 de format cylindrique 18650 permettent la réduction de -62% des émissions de CO2e, et l’utilisation de deux fois moins de ressources minérales (lithium, cobalt…) (Retrouvez l’étude ACV ici).
En cela, VoltR illustre de manière exemplaire ce que pourrait être la résilience industrielle européenne : une capacité à mobiliser des innovations locales, à structurer des chaînes de valeur circulaires et à transformer des tensions géopolitiques et l’enjeu de finitude des ressources en opportunités de renforcement stratégique. L’entreprise a d’ailleurs été lauréate de l’appel à projets « Première Usine » de Bpifrance, dans le cadre du plan France 2030, une reconnaissance institutionnelle et politique qui témoigne de la pertinence industrielle de sa démarche et leur permettra de développer plus encore leur modèle d’affaires vertueux.
Pour conclure
En résumé, VoltR incarne ainsi une trajectoire particulièrement éclairante à l’heure où les dépendances aux matières premières critiques deviennent l’un des enjeux structurants de la décennie. En articulant ingénierie, circularité et coopération industrielle, la start-up montre que la remanufacture ne constitue pas uniquement un levier environnemental, mais également un vecteur de résilience, de souveraineté et de compétitivité. Alors que l’Europe cherche à réduire sa vulnérabilité et à sécuriser ses chaînes de valeur, des initiatives telles que VoltR démontrent que les réponses peuvent aussi émerger à l’échelle micro-industrielle, au cœur même des usages et des produits qui structurent notre quotidien. Des perspectives enthousiasmantes qui pourraient se dupliquer si plusieurs acteurs d’une même filière industrielle se coordonnent pour imaginer des modèles industriels circulaires.
Surtout, son approche révèle un point clé : ce modèle est duplicable à l’échelle de filières entières. Les gains potentiels ne reposent pas uniquement sur la performance d’un acteur isolé, mais sur la capacité d’un écosystème à s’organiser : standardiser les flux de collecte, sécuriser la qualité des gisements, partager des exigences communes et adapter les référentiels d’évaluation pour ne pas pénaliser les solutions de seconde vie.
L’enjeu est donc désormais collectif. Si industriels, éco-organismes, distributeurs et donneurs d’ordre coordonnent leurs efforts, la remanufacture peut devenir une brique industrielle de premier plan, capable de réduire la pression sur les ressources, de limiter les risques opérationnels liés aux stocks de batteries en fin de vie, et d’accélérer une économie réellement circulaire.
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