ARTICLE
Scope 1, 2 et 3
Comprendre les périmètres du Bilan Carbone
Quand on parle de bilan carbone, une notion revient systématiquement : celle des scopes. Pourtant, cette classification peut paraître floue pour beaucoup. Scope 1, 2, 3… de quoi parle-t-on exactement ? Et surtout, pourquoi ces distinctions sont-elles si importantes pour construire une stratégie climat pertinente ?
Dans cet article, on vous explique simplement ces périmètres d’émissions, et pourquoi le scope 3 est souvent le plus stratégique à analyser.
Par Adèle Zimny
Consultante Climat & Ecoconception chez CorpoKarma. Elle accompagne depuis 3 ans les entreprises dans leur transition bas carbone (Bilan carbone, trajectoire de décarbonation et stratégie climat) ainsi que dans l’analyse de cycle de vie (ACV) et l’écoconception de leurs produits.
Qu’est-ce qu’un « scope » dans un bilan carbone ? 
Un scope (ou « périmètre ») correspond à une catégorie d’émissions de gaz à effet de serre, selon leur origine et le niveau de contrôle qu’une entreprise a dessus. Cette classification en trois scopes a été introduite par le GHG Protocol, le principal standard international de comptabilité carbone.
Scope 1 : Les émissions directes
Ce sont les émissions générées directement par l’entreprise, sur lesquelles elle a un contrôle complet.
Exemples :
- Combustion de carburant dans une chaudière ou une flotte de véhicules d’entreprise
- Process industriels émetteurs de gaz
Scope 2 : Les émissions indirectes liées à l’énergie achetée
Ce sont les émissions associées à la production d’électricité, de chaleur ou de vapeur que l’entreprise achète à un fournisseur externe.
Même si elles ne se produisent pas sur le site de l’entreprise, elles sont liées à sa consommation.
Exemples :
- Électricité utilisée dans les bureaux
- Chauffage fourni par un réseau urbain
En résumé, le scope 1 couvre ce que l’entreprise émet directement, tandis que le scope 2 reflète ce qu’elle provoque indirectement à travers son approvisionnement en énergie. Autrement dit, la différence réside dans le lieu d’émission : sur site (scope 1) ou chez le fournisseur (scope 2).
Scope 3 : Les autres émissions indirectes
C’est le périmètre le plus large… et souvent le plus méconnu.
Il comprend toutes les autres émissions liées aux activités de l’entreprise, mais qui se produisent en dehors de ses sites et de son contrôle direct. Il s’agit donc de tout ce qui découle de la chaîne de valeur : aussi bien en amont (avant que l’entreprise ne reçoive un produit ou un service) qu’en aval (lorsque ses produits ou services sont utilisés par les clients).
Exemples :
- Achats de biens et services
- Transport des marchandises ou des salariés
- Déplacements professionnels et visiteurs
- Utilisation des produits vendus
- Fin de vie des produits
Zoom expert : la catégorie « énergie amont » :
Dans le scope 3, il existe une catégorie spécifique aussi appelée “énergie amont”. Elle recouvre les émissions liées à la production et au transport de l’énergie que l’entreprise consomme, avant même qu’elle n’arrive sur son site. Par exemple, l’extraction du gaz, le raffinage du pétrole ou encore la fabrication et le transport de l’électricité.
Ces émissions ne sont pas incluses dans le scope 2 (qui ne comptabilise que la partie production directe de l’électricité ou de la chaleur achetée), mais bien dans le scope 3, car elles appartiennent à la chaîne d’approvisionnement énergétique. Pour les entreprises souhaitant affiner leur analyse et réduire leur dépendance aux énergies fossiles, cette catégorie est un indicateur précieux pour orienter leurs stratégies vers des sources plus durables.
Voici un schéma récapitulatif de toutes les catégories comprises dans les trois scopes.
Pourquoi
le Scope 3 est souvent le plus important ?
Dans de nombreux secteurs – et notamment pour les entreprises de services – le scope 3 représente la très grande majorité des émissions. Il peut peser plus de 70 % du total, parfois même au-delà de 90 %.
Pourquoi ? Parce que ce périmètre inclut tout ce qui gravite autour de l’entreprise, y compris ses fournisseurs, ses clients, ses prestataires… Or, une entreprise dépend fortement de ces acteurs dans son fonctionnement quotidien.
Par exemple, une entreprise de conseil génère très peu d’émissions directes (scope 1), mais ses achats IT, ses déplacements professionnels, ou la consommation d’énergie liée à ses services numériques font exploser son scope 3.
Ce que l’on contrôle vs. ce que l’on influence
Comprendre les scopes, c’est aussi comprendre ce que l’on maîtrise directement… et ce sur quoi on peut agir indirectement.
- Le scope 1 est totalement maîtrisable par l’entreprise : elle peut réduire ses émissions en agissant sur ses process internes.
- Le scope 2 dépend de ses choix d’énergie : changer de fournisseur pour une électricité verte peut faire une grande différence.
- Le scope 3, lui, demande d’impliquer son écosystème : repenser ses achats, travailler avec ses fournisseurs, sensibiliser ses clients… L’entreprise ne peut pas tout contrôler, mais elle peut orienter les comportements.
C’est pourquoi le scope 3 est stratégique : c’est là que se trouvent souvent les plus gros leviers de transformation, mais aussi les plus complexes à mobiliser.
Des objectifs différenciés selon les scopes
Dans certains cadres réglementaires ou engagements volontaires, comme l’initiative Science-Based Targets (SBTi), les entreprises doivent fixer des objectifs de réduction distincts selon les périmètres d’émissions.
En général, un objectif est exigé pour les scopes 1 et 2 combinés (les émissions les plus directement maîtrisables), et un objectif séparé est demandé pour le scope 3 (moins ambitieux car plus compliqué à atteindre).
Cela reflète le fait que les leviers d’action ne sont pas les mêmes selon le type d’émissions, et que la stratégie climat d’une entreprise doit donc être structurée de façon cohérente entre ce qu’elle contrôle et ce qu’elle influence.
Découvrez également notre article : comment choisir la bonne méthodologie de bilan carbone
Conclusion
Les scopes 1, 2 et 3 sont une grille de lecture essentielle pour comprendre d’où viennent les émissions d’une entreprise, et où concentrer ses efforts de réduction.
Bien analyser son scope 3, c’est aller au-delà des apparences et se donner les moyens d’agir en profondeur sur toute sa chaîne de valeur.
Besoin d’y voir plus clair dans vos scopes ou de prioriser vos actions ? Notre équipe peut vous accompagner dans l’analyse de votre empreinte carbone et l’identification de vos leviers clés.
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