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Comment décarboner sa supply chain – le fameux scope 3 ?  

Par Nicolas Marcoz

Par Nicolas Marcoz

Consultant en Stratégie Climat et transformation des organisations chez CorpoKarma. Convaincu de la nécessité de la transition bas-carbone de l’économie, j’accompagne les entreprises industrielles dans leur démarche climat (Bilans Carbone, Stratégies Climat et Trajectoires de Décarbonation).​

Comment décarboner sa supply chain en 5 étapes ?

Dans de nombreuses entreprises industrielles, la majorité de l’empreinte carbone se situe dans la chaîne de valeur, notamment dans les achats de matières premières, de composants, de produits et de services. Pourtant, les efforts de décarbonation restent encore souvent concentrés sur les émissions directes et l’énergie.

 

Décarboner sa supply chain ne consiste pas simplement à demander davantage de données carbone aux fournisseurs. Il faut identifier les postes d’émissions prioritaires, cibler les catégories d’achats et les fournisseurs sur lesquels agir, faire évoluer les pratiques internes et construire des plans de réduction adaptés.

 

La difficulté est autant technique qu’organisationnelle. Les données climat des fournisseurs restent souvent hétérogènes, les fonctions Achats et R&D ne disposent pas toujours des outils nécessaires et l’entreprise dépend de partenaires qu’elle ne contrôle pas directement. Une démarche efficace doit donc relier stratégie climat, achats, produits, données et engagement fournisseurs.

 

Voici une méthode en cinq étapes pour structurer et piloter la décarbonation de votre supply chain.

Pourquoi décarboner sa supply chain ?

La réduction du Scope 3 amont constitue d’abord une condition nécessaire pour atteindre des objectifs climat ambitieux. Dans l’industrie, les émissions associées aux achats peuvent représenter une part très importante de l’empreinte carbone totale. Leur poids varie néanmoins selon le secteur, le modèle économique et la structure de la chaîne de valeur.

 

La décarbonation de la chaîne d’approvisionnement répond aussi à des enjeux économiques et stratégiques. Elle permet de réduire la dépendance aux hydrocarbures, aux matières premières en tension et à certains procédés fortement émissifs. Elle contribue ainsi à limiter l’exposition aux pénuries, à la volatilité des prix, aux taxes carbone et aux évolutions réglementaires.

 

Elle représente également un levier de compétitivité. Les clients et donneurs d’ordres demandent des données environnementales de plus en plus précises. Les entreprises capables de documenter l’empreinte carbone de leurs produits, de démontrer leurs progrès et de proposer des solutions moins carbonées renforcent leur position sur le marché.

 

Enfin, travailler avec les fournisseurs sur les matières, les procédés, la logistique ou la conception des produits favorise l’innovation et le codéveloppement. La décarbonation de la supply chain peut ainsi soutenir la résilience, la maîtrise des coûts et la performance future des produits.

 

Les principaux défis de la décarbonation du Scope 3 amont

 

La première difficulté concerne la traduction de la stratégie climat dans les décisions opérationnelles. Une entreprise peut avoir défini une trajectoire de réduction sans l’avoir déclinée par catégorie d’achats, par famille de produits ou par fournisseur. Les acheteurs manquent alors d’orientations concrètes pour agir.

 

La deuxième difficulté porte sur les données. Les informations disponibles reposent parfois sur des ratios monétaires ou des facteurs d’émission génériques. Les données spécifiques aux fournisseurs, les Product Carbon Footprints ou les analyses de cycle de vie restent incomplètes, peu comparables ou établies selon des règles différentes.

 

La troisième difficulté est organisationnelle. Les Achats, la RSE, la R&D, les équipes produits, le marketing et les systèmes d’information interviennent tous dans la démarche, mais leurs rôles et leurs processus ne sont pas toujours définis. La collecte des données devient alors un exercice ponctuel, souvent géré à coups de fichiers Excel, sans lien direct avec les décisions achats ou produits.

 

Enfin, l’entreprise doit convaincre et mobiliser ses fournisseurs. Une demande uniforme adressée à plusieurs centaines de partenaires produit rarement des résultats satisfaisants. Les attentes et les moyens d’accompagnement doivent tenir compte du poids carbone, de la criticité, de la maturité et de la capacité d’action de chaque fournisseur.

Une méthode en 5 étapes    pour décarboner sa supply chain 

1. Cartographier les émissions et prioriser les catégories d’achats

La première étape consiste à comprendre où se concentrent les émissions du Scope 3 amont. L’entreprise peut s’appuyer sur son bilan carbone, ses données achats, les volumes achetés, les matières et procédés concernés, ainsi que sur des facteurs d’émission sectoriels.

L’objectif initial n’est pas d’obtenir une mesure parfaite. Il s’agit de construire une cartographie suffisamment robuste pour identifier les principaux foyers d’émissions et orienter les efforts. L’analyse doit faire ressortir les catégories d’achats, les produits et les fournisseurs qui concentrent l’impact.

La priorisation gagne à croiser plusieurs critères :

  • le poids carbone estimé de la catégorie ou du fournisseur ;
  • les volumes et dépenses associés ;
  • la criticité pour l’activité ;
  • le niveau de dépendance ;
  • la maturité climatique du fournisseur ;
  • la capacité de l’entreprise à influencer ses pratiques ;
  • le potentiel de réduction lié aux matières, aux procédés, à la logistique ou à l’écoconception.

Cette segmentation permet d’éviter deux écueils fréquents : concentrer les efforts sur les fournisseurs les plus importants en valeur mais peu significatifs en carbone, ou lancer une collecte massive de données sans savoir comment les résultats seront utilisés.

Pour démarrer, il est souvent plus efficace de sélectionner une ou deux catégories d’achats prioritaires. Ce périmètre pilote permet de tester la méthode, de produire rapidement des résultats et de préparer un déploiement par vagues successives.

2. Définir une stratégie de décarbonation alignée avec les achats et les produits

La cartographie constitue le point de départ d’une stratégie de décarbonation de la supply chain. Celle-ci doit traduire les objectifs climat de l’entreprise en orientations concrètes pour les fonctions Achats, R&D, Produits, Marketing et Supply Chain.

 

La stratégie précise les ambitions de réduction, les catégories prioritaires, le calendrier, les moyens nécessaires et les responsabilités. Elle doit aussi analyser les risques et opportunités liés à la transition bas carbone et à l’adaptation au changement climatique : raréfaction de certaines ressources, exposition au prix du carbone, fragilité logistique, attentes des clients ou évolution des marchés.

 

Pour chaque catégorie d’achats, plusieurs scénarios peuvent être étudiés. Ils peuvent combiner évolution du mix fournisseurs, substitution de matières, amélioration des procédés, réduction des volumes, circularité, optimisation logistique ou reconception des produits. Leur évaluation doit intégrer les gains environnementaux, mais aussi les coûts, les contraintes industrielles, les risques et les bénéfices stratégiques.

 

Cette valorisation économique et stratégique facilite l’arbitrage de la direction et la mobilisation des métiers. Elle permet de passer d’un objectif climat général à une feuille de route validée, dotée de moyens et déclinée par catégorie d’achats.

 

La gouvernance doit être définie dès cette étape. Un sponsor de direction, souvent issu des Achats, porte la démarche. Une équipe projet transverse réunit les expertises Achats, RSE, R&D, Produits, Digital et Ressources humaines selon les besoins. Les responsables de catégories et les interlocuteurs fournisseurs participent ensuite au déploiement opérationnel.

3. Structurer les processus, les outils et les données carbone fournisseurs

Une donnée carbone n’a de valeur que si elle permet de prendre une décision. L’entreprise doit donc déterminer le niveau de précision réellement nécessaire selon les usages.

 

Les données monétaires et les facteurs d’émission moyens permettent d’établir une première cartographie. Les données physiques améliorent la précision. Les informations spécifiques aux fournisseurs permettent de suivre leur performance. À la maille produit, les Product Carbon Footprints et les analyses de cycle de vie aident à comparer des matières, des composants ou des scénarios de conception.

 

La qualité doit progresser par étapes. Attendre une donnée parfaite retarde l’action, tandis qu’une collecte sans règles communes produit des résultats difficiles à comparer. L’entreprise doit définir les périmètres, les méthodes de calcul, les facteurs d’émission acceptés, les exigences de traçabilité et les contrôles à appliquer.

 

Le processus de collecte doit s’intégrer aux outils et aux pratiques existantes. Il faut notamment préciser :

  • quelles données demander selon le profil du fournisseur ;
  • à quelle fréquence les actualiser ;
  • qui contrôle et challenge les réponses ;
  • comment consolider les données dans le bilan Scope 3 ;
  • comment relier les résultats aux outils achats, aux scorecards fournisseurs et aux outils produits ;
  • quels indicateurs utiliser pour suivre la qualité et la couverture des données.

La gouvernance associée doit clarifier les rôles des équipes RSE, Achats, R&D et Digital. Les acheteurs n’ont pas vocation à devenir des experts de la comptabilité carbone. Ils doivent néanmoins savoir identifier une donnée incohérente, comprendre les principales méthodes et utiliser l’information dans le dialogue fournisseur.

4. Engager et accompagner les fournisseurs selon leur maturité

La décarbonation du Scope 3 dépend largement de la capacité des fournisseurs à mesurer leurs émissions, à définir une trajectoire et à mettre en œuvre des actions de réduction. Un questionnaire ou une clause contractuelle ne suffisent pas à créer cette capacité.

Le dispositif d’engagement doit être différencié. Les fournisseurs les moins matures peuvent avoir besoin d’une sensibilisation, d’un appui méthodologique ou d’un accompagnement pour réaliser leur premier bilan carbone. Les fournisseurs intermédiaires peuvent travailler sur leurs objectifs, leur trajectoire et leur plan d’action. Les partenaires les plus avancés peuvent produire des données PCF plus robustes, tester des solutions d’écoconception ou s’engager dans des projets de codéveloppement.

Une boîte à outils fournisseurs peut regrouper :

  • des webinaires et formations sur la comptabilité carbone, le PCF et l’écoconception ;
  • des méthodologies et modèles de collecte harmonisés ;
  • une banque de leviers de réduction par catégorie d’achats ;
  • des retours d’expérience sectoriels ;
  • des sessions de questions-réponses et du coaching ;
  • des accompagnements individuels ou collectifs ;
  • des parcours de type Bilan Carbone, SBTi ou ACT Pas-à-Pas ;
  • des outils de calcul et de pilotage accessibles.

Les programmes collectifs présentent plusieurs avantages. Ils créent une dynamique entre fournisseurs, favorisent le partage d’expérience et réduisent les coûts d’accompagnement. Leur efficacité repose toutefois sur l’articulation entre temps collectifs et accompagnement individuel. Chaque fournisseur doit pouvoir traduire les apprentissages dans sa propre stratégie, ses données et son plan d’action.

5. Réduire les émissions et intégrer le carbone aux décisions métiers

La dernière étape consiste à convertir les données et les plans fournisseurs en réductions effectives. Les leviers dépendent de chaque catégorie d’achats. Ils peuvent porter sur le choix des matières, l’efficacité des procédés, le contenu recyclé, la durée de vie, la réparabilité, les emballages, la logistique, la localisation de la production ou la consommation d’énergie.

 

L’entreprise doit intégrer ces leviers aux processus qui structurent réellement la relation fournisseur : sourcing, appels d’offres, qualification, contractualisation, revues de performance et plans de progrès. Les critères carbone peuvent rejoindre les scorecards fournisseurs, les cahiers des charges et les arbitrages entre coût, qualité, délai, risque et performance environnementale.

 

Les équipes R&D et Produits jouent un rôle décisif. Une partie importante de l’empreinte se détermine dès la conception, à travers les choix de matériaux, de composants, de procédés et de fournisseurs. L’ACV et l’écoconception permettent d’objectiver ces arbitrages et d’éviter les transferts d’impact.

 

Le pilotage doit distinguer les indicateurs de moyens et les résultats. Le nombre de fournisseurs sollicités ou formés renseigne sur le déploiement, mais ne prouve pas une réduction des émissions. L’entreprise doit également suivre la part des achats couverte par des données spécifiques, la maturité des plans fournisseurs, les projets de réduction engagés et les tonnes de CO2e évitées ou réduites.

 

Un retour d’expérience doit être organisé à l’issue du pilote. Il permet de recueillir l’avis des métiers et des fournisseurs, d’améliorer les processus et les outils, puis de préparer la vague suivante. La solution peut ensuite être étendue progressivement aux autres catégories d’achats.

Les 6 chantiers à coordonner pour passer à l’échelle

La méthode en cinq étapes mobilise six chantiers complémentaires :

  1. La stratégie de décarbonation, qui fixe les orientations et les priorités par catégorie d’achats.
  2. Les processus et la gouvernance, qui organisent la collecte des données et le pilotage de la performance climat.
  3. Les outils et les données, qui permettent de consolider les informations et d’éclairer les décisions.
  4. La sensibilisation et les compétences, pour rendre les métiers et les fournisseurs capables d’agir.
  5. La mesure de l’impact, qui fiabilise progressivement les données du Scope 3 et des produits.
  6. La réduction de l’impact, qui transforme les plans en actions dans les achats, les produits et les opérations fournisseurs.

Toutes les entreprises ne partent pas du même niveau de maturité. Une évaluation initiale permet de sélectionner les chantiers prioritaires et d’éviter de déployer un dispositif trop lourd. L’approche peut ensuite fonctionner comme un MVP : un pilote sur une ou deux catégories, un retour d’expérience, une amélioration du modèle, puis un déploiement progressif.

Quels indicateurs suivre ?

Le tableau de bord doit mesurer la progression de la démarche et ses résultats. Il peut notamment suivre :

  • la part du Scope 3 amont couverte par des données spécifiques ;
  • le nombre et le poids carbone des fournisseurs engagés ;
  • la part des fournisseurs ayant réalisé un bilan carbone ;
  • la part des fournisseurs disposant d’objectifs et d’un plan de réduction ;
  • le nombre de PCF disponibles et leur niveau de qualité ;
  • la part des appels d’offres intégrant un critère carbone ;
  • le nombre de projets d’écoconception ou de codéveloppement lancés ;
  • les réductions d’émissions obtenues et leur niveau de preuve ;
  • les coûts évités, les gains achats et les bénéfices liés à la résilience.

Le choix des indicateurs doit rester cohérent avec les décisions à prendre. Un tableau de bord surchargé détourne les équipes de l’essentiel. Quelques indicateurs robustes, suivis dans les instances achats et climat, sont généralement plus utiles qu’une longue liste peu exploitée.

Les facteurs clés de succès

La direction doit participer à la définition de la stratégie et arbitrer les moyens nécessaires. Sans portage clair, la décarbonation reste un projet RSE périphérique, difficile à intégrer aux priorités achats et produits.

 

La solution doit ensuite être coconstruite avec les métiers. Les nouveaux processus, outils et indicateurs doivent répondre à leurs contraintes opérationnelles. Cette implication facilite l’appropriation et réduit le risque de créer une collecte parallèle sans effet sur les décisions.

 

L’accompagnement des fournisseurs doit rester proportionné à leurs enjeux et à leur maturité. L’entreprise doit concentrer ses ressources là où le poids carbone, la criticité et le potentiel de réduction justifient un effort renforcé.

 

Enfin, la démarche doit valoriser ses bénéfices économiques et stratégiques. Réduction de la consommation de matières, sécurisation des approvisionnements, innovation produit, accès aux marchés et anticipation réglementaire contribuent à construire un business case solide.

En résumé, 3 idées à retenir

  1. Prioriser avant de solliciter. La cartographie du Scope 3 amont permet de concentrer les efforts sur les catégories d’achats et les fournisseurs qui comptent réellement.
  2. Transformer les pratiques internes. La décarbonation doit entrer dans les processus achats, les décisions produits, les outils et la gouvernance.
  3. Adapter l’accompagnement. Les exigences, les données demandées et les moyens proposés doivent correspondre à la maturité et au potentiel de réduction de chaque fournisseur.

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CorpoKarma réunit les compétences d’un cabinet de conseil et d’un bureau d’études environnementales. Nous accompagnons les industriels dans la définition de leur stratégie Scope 3, la priorisation des catégories d’achats, la fiabilisation des données fournisseurs, la réalisation de PCF et d’ACV, la transformation des processus métiers et le déploiement de programmes fournisseurs.


Notre approche consiste à démarrer sur un périmètre prioritaire, démontrer la valeur du dispositif et préparer son passage à l’échelle. Vous souhaitez identifier les premières catégories à traiter ou concevoir un pilote fournisseur ? Échangeons sur votre maturité, vos données disponibles et vos objectifs de réduction.

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