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SBTi Corporate Net-Zero Standard V2.0 : tout comprendre à la nouvelle version  

1. Contexte et objectifs de la V2.0

Développée entre avril 2024 et mai 2026 à l’issue d’une large consultation publique, la V2.0 répond à 3 grands objectifs :

  • Intégrer les dernières données scientifiques et méthodologiques. Depuis la première version du standard en 2021, les connaissances climatiques ont évolué et des méthodologies de référence comme le GHG Protocol ou les normes ISO ont elles-mêmes été mises à jour. La V2.0 s’aligne sur cet état de l’art.
  • Mieux s’articuler avec les autres référentiels. L’un des reproches fréquemment adressés aux entreprises engagées dans une démarche climat est la multiplication des cadres à respecter : SBTi, GHG Protocol, normes ISO, réglementations comme la CSRD, frameworks sectoriels SBTi (FLAG pour l’agriculture, par exemple). La V2.0 cherche à harmoniser ses exigences avec ces cadres existants, pour limiter la charge de reporting et faciliter la cohérence entre les différents exercices auxquels une entreprise est soumise.
  • Encadrer la mise en œuvre, pas seulement la fixation d’objectifs. C’est le changement le plus structurant. Jusqu’ici, une entreprise pouvait être validée SBTi en démontrant la robustesse de sa trajectoire de réduction, sans obligation particulière sur la façon dont elle comptait l’atteindre. La V2.0 introduit des obligations sur la gouvernance, le plan de transition, le suivi et la communication des progrès. Autrement dit : on ne se contente plus de dire où l’on va, il faut aussi montrer comment on y va.

 

2. Les principaux changements de la V2.0  

a. Catégorisation des entreprises

C’est une vraie nouveauté : la V1.3.1 appliquait les mêmes règles à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. La V2.0 introduit deux catégories, avec des niveaux d’exigence différents.

Seuils et conditions Géographie Catégorie
Chiffre d'affaires net ≥ 450 M€ ou effectifs ≥ 1 000 ETP Tout pays A
Émissions scope 1+2 ≥ 10 000 tCO₂e, ou au moins deux critères parmi : bilan ≥ 25 M€ / CA ≥ 50 M€ / effectifs ≥ 250 ETP Pays à revenu élevé A
Aucun des critères ci-dessus Tout pays B

Les entreprises de catégorie A (les plus grandes, ou les entreprises de taille intermédiaire dans les pays à revenu élevé) sont soumises aux exigences les plus fortes : objectifs scope 3 obligatoires, vérification tierce de l’inventaire, publication d’un plan de transition, élimination du carbone obligatoire à terme, etc. Les entreprises de catégorie B (PME et entreprises des pays à revenus plus faibles) bénéficient d’obligations allégées, notamment sur le scope 3 qui reste optionnel pour elles.

b. Inventaire des GES et vérification

L’inventaire des émissions doit rester conforme au GHG Protocol, mais avec 2 évolutions importantes :

  • De nouveaux indicateurs doivent être communiqués : consommation totale d’électricité, part d’électricité à faible intensité carbone, et activités à forte intensité d’émissions (EIA) dès lors qu’elles représentent 5 % ou plus des émissions de scope 3 (ciment, acier, matières premières agricoles comme le blé, le maïs, le soja ou le lait, par exemple).
  • Les entreprises de catégorie A doivent désormais faire vérifier leur inventaire de l’année de référence par un tiers indépendant, avec un niveau d’assurance limitée au minimum.


c. Année de référence et période cible

Élément V1.3.1 V2.0
Année de référence Flexible, selon disponibilité des données 2019 ou plus récente (sauf justification)
Période des cibles 5 à 10 ans 5 ans

L’objectif est de raccourcir les cycles pour forcer une révision plus fréquente des trajectoires, en cohérence avec la logique d’amélioration continue de la V2.0.

d. Cibles scope 1 & 2, et scope 3

Les cibles scope 1 et scope 2, jusqu’ici combinées, doivent désormais être distinctes, et couvrir 100 % des émissions.

Sur l’électricité, l’option « part de renouvelable » de la V1.3.1 est remplacée par une option « part d’électricité bas-carbone », plus large : elle inclut désormais le nucléaire et les technologies avec captage et stockage du carbone (CCS), en plus des énergies renouvelables, à condition que la technologie reste sous un seuil d’intensité carbone défini.

Sur le scope 3, le changement est important :

Critère V1.3.1 V2.0
Obligation de fixer un objectif scope 3 Seulement si le scope 3 représente + de 40 % des émissions totales Obligatoire pour toutes les entreprises de catégorie A, quelle que soit la part du scope 3
Couverture attendue 67 % du scope 3 minimum 100 % des catégories représentant ≥ 5 % des émissions de scope 3 (catégories 1 à 14)

On passe donc d’un seuil global de couverture à une logique de matérialité par catégorie.

e. Gouvernance et plan de transition

2 obligations n’existaient pas du tout en V1.3.1 et deviennent centrales dans la V2.0 :

  • Le conseil d’administration doit valider les objectifs et s’impliquer dans leur intégration à la stratégie de l’entreprise.
  • Un plan de transition détaillé, approuvé par le conseil d’administration, doit être élaboré : actions, échéances, hypothèses, dépendances, traitement des activités à forte intensité d’émissions, et le cas échéant, calendrier de sortie des énergies fossiles non atténuées. Pour la catégorie A, ce plan doit être rendu public dans les 15 mois suivant la validation des objectifs.

f. Émissions continues et neutralisation

La V2.0 introduit un concept nouveau : la responsabilité en matière d’émissions continues (Ongoing Emissions Responsibility, OER). L’idée : reconnaître les entreprises qui financent des actions climatiques au-delà de leurs propres objectifs, pendant leur transition vers le net zéro, sans que ces contributions ne remplacent ou ne compensent leurs efforts de réduction sur les scopes 1, 2 et 3.

3 niveaux de reconnaissance sont proposés, sur une base volontaire jusqu’en 2035 :

  • Engaged : couvrir au moins 1 % des émissions en cours.
  • Advanced : couvrir 100 % des émissions de scopes 1 et 2, et 10 % du total, à 20 $/tCO₂e.
  • Leadership : couvrir 100 % des émissions en cours (catégorie A) à 80 $/tCO₂e.

À partir de 2035, cette contribution devient obligatoire pour les entreprises de catégorie A, avec une montée en puissance progressive jusqu’à 100 % à l’horizon de la neutralité carbone (2050 au plus tard).

Sur la neutralisation des émissions résiduelles à l’atteinte du net zéro, la V2.0 apporte davantage de précision sur les mécanismes d’élimination du carbone éligibles (stockage géologique, solutions fondées sur la nature).

g. Suivi de l’atteinte des objectifs

Autre nouveauté simple mais structurante : toutes les entreprises engagées SBTi doivent désormais publier un rapport annuel sur leurs progrès par rapport à leurs objectifs, et sur les mesures prises pour corriger les écarts éventuels.

3. Exemple d’objectifs de réduction à court terme

Voici un exemple d’objectifs de réduction à court terme pour une entreprise générique de catégorie A, avec une année de référence en 2025 et une année cible en 2030 :

Scope Part des émissions à couvrir Horizon temporel Objectif
Scope 1 100% 5ans En absolu : -21%
Scope 2 100% 5ans En absolu : -33,33%
Scope 3 100% des catégories significatives représentant ≥ 5 % des émissions Scope 3 des catégories 1 à 14 5ans En absolu : -15% (trajectoire -2°C) ou -21% (trajectoire -1,5°C)
En relatif : -51,6% en intensité économique (ex : tCO2e/€ valeur ajoutée)
En relatif : -51,6% en intensité physique (ex : tCO2e/tonne de produit vendu)

Pour estimer les objectifs à court terme à atteindre par votre entreprise spécifiquement, vous pouvez utiliser l’outil de la SBTi, SBTi-target-setting-tool_v2.5, téléchargeable sur leur site.

4. Calendrier de mise en place

Date Étape
Juin 2026 Publication des documents officiels de la V2.0
2026 Pilotes et tests avec des entreprises volontaires
31 janvier 2027 Entrée en vigueur de la V2.0 et début des validations selon la V2.0
31 janvier 2028 Fin de la période de transition : les entreprises peuvent encore soumettre des cibles selon la V1.3.1 jusqu'à cette date
2028 et après Obligation d'utiliser la V2.0 pour toutes les validations

Concrètement, les entreprises disposent d’environ 18 mois, entre la publication de la V2.0 et la fin de la période de transition, pour choisir leur calendrier : se faire valider rapidement sous V1.3.1, ou anticiper directement la V2.0. Dans tous les cas, il est recommandé de commencer dès maintenant à structurer les données, la gouvernance et le plan de transition attendus par la nouvelle version, qui serviront de toute façon de référence au prochain cycle de validation.

5. Conclusion : une avancée à saluer, malgré quelques points de vigilance

Cette nouvelle version marque un vrai changement de philosophie, et plusieurs éléments méritent d’être soulignés positivement :

  • Une incitation plus forte à l’action, pas seulement à l’ambition. En imposant une gouvernance, un plan de transition et un suivi annuel des progrès, la V2.0 comble une limite bien identifiée des démarches climat : des objectifs ambitieux annoncés, sans les moyens ni les plans concrets pour les tenir. On passe d’une obligation de résultat déclaratif à une obligation de moyens et de mise en œuvre.
  • Une vie plus simple pour les responsables RSE. La recherche d’harmonisation avec les autres référentiels (CSRD et GHG Protocol notamment) devrait permettre, à terme, de limiter la duplication des exercices de reporting et de mieux articuler les différentes obligations climat de l’entreprise entre elles.
  • Une meilleure prise en compte de la réalité des entreprises. La catégorisation A/B permet d’adapter le niveau d’exigence à la taille et à la capacité d’action réelle des entreprises, tout en maintenant un principe d’engagement applicable à toutes.

Pour les responsables RSE, l’enjeu immédiat est clair : évaluer dès maintenant dans quelle catégorie se situe votre entreprise, identifier les écarts avec les nouvelles exigences (données, gouvernance, plan de transition), et profiter de la période de transition jusqu’à janvier 2028 pour vous y préparer sereinement.

 

 

 

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