ARTICLE
Digital Product Passport des EEE
Comment transformer le DPP en levier d’écoconception et de compétitivité
Pendant longtemps, la performance environnementale des produits est restée cantonnée à des rapports RSE, des déclarations volontaires ou des analyses réalisées ponctuellement pour répondre à un appel d’offres. Avec l’arrivée du Digital Product Passport (DPP), ou passeport numérique produit, cette logique change profondément.
Par Fanny Tresallet
Co-fondatrice de CorpoKarma, j’accompagne les équipes managériales à bâtir des modèles circulaires, décarbonés et responsables, en alliant stratégie, accompagnement au changement et ingénierie.
Le DPP vise à rendre disponibles, sous format numérique, des informations structurées sur un produit : composition, matériaux, origine des composants, performance environnementale, réparabilité, durée de vie, conformité réglementaire, recyclabilité ou encore informations de fin de vie. En apparence, cela ressemble à un outil de transparence. En réalité, c’est beaucoup plus stratégique.
Car derrière le DPP, il y a une évolution majeure : l’Union européenne déplace progressivement le centre de gravité de la réglementation environnementale vers le produit, ses données et son cycle de vie. Autrement dit, il ne suffira plus de publier une trajectoire climat groupe ou de remplir un reporting extra-financier. Il faudra être capable de prouver, produit par produit, ce que l’on met sur le marché, ce que cela contient, comment cela se répare, se réemploie, se recycle et quels impacts environnementaux sont associés.
Pour les industriels, notamment dans les équipements électriques et électroniques, les EEE, le sujet est donc double. Il s’agit bien sûr de se préparer à la conformité. Mais la vraie question est ailleurs : comment utiliser cette future obligation pour mieux connaître ses produits, sécuriser sa chaîne de valeur, accélérer l’écoconception et renforcer sa crédibilité-marché ?
C’est précisément là que le DPP devient intéressant. Mal traité, il sera une couche administrative de plus. Bien traité, il devient un levier de transformation produit.
Pourquoi les équipements éléctriques et électroniques sont en première ligne
Les équipements électriques et électroniques concentrent presque tous les enjeux que le DPP cherche à adresser : complexité produit, multiplicité des composants, chaînes d’approvisionnement internationales, substances réglementées, métaux critiques, réparabilité, durée de vie, obsolescence, réemploi, recyclage et fin de vie.
Un équipement électronique n’est jamais un produit simple. Même un produit apparemment basique, comme une perceuse, un routeur, un capteur industriel, un boîtier connecté, un appareil de diagnostic, un équipement de ventilation ou un composant électrique, peut embarquer des dizaines voire des centaines de pièces : plastiques techniques, cartes électroniques, câblages, cuivre, aluminium, acier, aimants, batteries, colles, vernis, substances chimiques, emballages, notices, pièces détachées.
Chaque élément peut poser une question différente : d’où vient la matière ? quelle part recyclée ? quelles substances préoccupantes ? quel fournisseur ? quelle conformité REACH ou RoHS ? quelle réparabilité ? quelle disponibilité des pièces ? quel scénario de fin de vie ? quelle empreinte carbone ? quelle recyclabilité réelle ?
Le sujet n’est donc pas seulement réglementaire. Il est industriel. Et il est économique.
Les données européennes donnent l’échelle du problème : en 2022, 14,4 millions de tonnes d’équipements électriques et électroniques ont été mises sur le marché européen, tandis que seulement 5 millions de tonnes de déchets électroniques ont été collectées. Le gisement est massif, mais encore insuffisamment capté, tracé et valorisé [6]. Or ces déchets contiennent aussi des matières rares, coûteuses et critiques. Leur recyclage peut contribuer à la sécurité d’approvisionnement et à l’autonomie stratégique européenne [6].
C’est pour cela que les EEE sont un cas avancé. Pas une exception. Les produits électroniques annoncent ce qui va progressivement concerner d’autres familles de produits : batteries, textiles, acier, aluminium, mobilier, pneus, matelas, produits liés à l’énergie. Le calendrier précis dépendra des actes délégués, mais la direction est claire : la traçabilité produit devient une infrastructure normale de marché.
Du Green Deal à l’ESPR
la réglementation se rapproche du produit
Le Digital Product Passport s’inscrit dans un mouvement réglementaire beaucoup plus large. Le Green Deal européen, lancé en 2019, vise à faire de l’Europe une économie plus sobre, plus compétitive, plus efficace dans l’usage des ressources et climatiquement neutre à horizon 2050 [2]. Le plan d’action économie circulaire, adopté en 2020, met ensuite l’accent sur le cycle de vie des produits : conception, durabilité, réparabilité, réemploi, recyclage et réduction des déchets [3].
L’étape clé est le règlement ESPR, Ecodesign for Sustainable Products Regulation, entré en vigueur en 2024. Il élargit considérablement l’approche historique de l’écoconception, auparavant centrée principalement sur les produits liés à l’énergie. L’ESPR pose désormais un cadre plus global pour améliorer la durabilité, la réparabilité, la recyclabilité, l’efficacité matière et la transparence environnementale des produits mis sur le marché européen [4].
Le DPP est l’un des instruments de cette transformation. Il doit permettre de rendre accessibles les informations nécessaires à la conformité, à la traçabilité et à la circularité. Il s’articule aussi avec d’autres textes : directive WEEE sur les déchets d’équipements électriques et électroniques, RoHS sur les substances dangereuses, REACH pour les substances chimiques, règlement batteries, droit à la réparation ou encore futures exigences de reporting et de preuve environnementale.
Le plan de travail ESPR 2025-2030 confirme cette dynamique : la Commission européenne a identifié plusieurs familles de produits prioritaires, dont l’acier et l’aluminium, les textiles, le mobilier, les pneus, les matelas et plusieurs produits liés à l’énergie. Elle prévoit également des mesures horizontales sur la réparabilité et la recyclabilité des équipements électriques et électroniques [5].
Pour les industriels, le message est simple : attendre les derniers détails réglementaires serait une erreur. Oui, certaines exigences restent à préciser. Non, cela ne justifie pas l’immobilisme. Les entreprises qui prendront de l’avance sur la donnée produit, les méthodes ACV, la gouvernance fournisseurs et les systèmes d’information auront un avantage net lorsque les obligations deviendront opérationnelles.
Découvrez également : Product Carbon Footprint (PCF) et chaîne de valeur : un levier stratégique
Les trois piliers d’un DPP robuste
collaborer, mesurer, communiquer
Un DPP crédible repose sur trois piliers : la collaboration dans la chaîne de valeur, la mesure environnementale et la communication conforme.
Le premier pilier est la chaîne de valeur et l’interopérabilité des données. Un DPP ne peut pas être construit seul dans un bureau RSE. Les données viennent des achats, de la qualité, de la R&D, des fournisseurs, des systèmes ERP, des fiches techniques, des déclarations de conformité, des bases matières, des logiciels ACV, parfois des distributeurs ou des réparateurs. Le premier défi est donc de cartographier les flux de données : qui détient quoi, sous quel format, avec quel niveau de fiabilité, quelle fréquence de mise à jour et quelles preuves associées.
Le deuxième pilier est l’analyse environnementale. Le DPP ne doit pas devenir une fiche produit décorative. Il doit intégrer des indicateurs utiles : empreinte carbone, impacts environnementaux multi-critères, durée de vie, réparabilité, recyclabilité, part de matière recyclée, consommation en usage, scénarios de fin de vie. Pour cela, les méthodes de type ACV, analyse du cycle de vie, et Product Carbon Footprint deviennent essentielles. Elles permettent d’objectiver les impacts du produit depuis les matières premières jusqu’à la fin de vie, en passant par la fabrication, le transport, l’usage et le traitement des déchets.
Le troisième pilier est la transparence et la conformité. Les informations doivent être accessibles aux bons acteurs : consommateurs, distributeurs, autorités de contrôle, réparateurs, recycleurs, partenaires commerciaux. Mais tout ne doit pas nécessairement être public. Certaines données peuvent être confidentielles, notamment sur la composition détaillée, les fournisseurs ou les informations industrielles sensibles. Le DPP devra donc gérer des droits d’accès, des niveaux de confidentialité, des identifiants uniques, des supports de données et des formats interopérables. La normalisation européenne en cours autour du DPP est un sujet à suivre de près, notamment via les travaux CEN-CENELEC [9].
Quelles données intégrer dans un passeport numérique produit ?
Les exigences exactes dépendront des familles de produits, mais un DPP pour les EEE devra probablement consolider plusieurs familles de données.
La première concerne l’identité du produit : marque, référence, identifiant unique, lot ou numéro de série, date et pays de fabrication, catégorie produit, version, garantie, documentation technique.
La deuxième concerne la composition et la traçabilité : matériaux, masses par composant, substances réglementées, présence de matières critiques, taux de matière recyclée, origine géographique, fournisseurs, certifications, conformité REACH, RoHS ou autres réglementations applicables.
La troisième concerne la performance environnementale : empreinte carbone, résultats d’ACV, consommation en usage, principaux postes d’impact, hypothèses de calcul, durée de vie estimée, scénarios de maintenance, facteurs d’émission, qualité de la donnée.
La quatrième concerne la réparabilité et l’usage : pièces détachées disponibles, instructions de démontage, outils nécessaires, durée de disponibilité des pièces, indice de réparabilité lorsque pertinent, réparateurs agréés ou indépendants, mises à jour logicielles éventuelles.
La cinquième concerne la fin de vie et la circularité : consignes de tri, démontabilité, recyclabilité théorique et réelle, filières de reprise, potentiel de réemploi, reconditionnement, substances à traiter avec précaution, informations utiles aux opérateurs de traitement.
Ce travail peut sembler lourd. Il l’est. Mais il a un mérite : il oblige l’entreprise à regarder son produit comme un système complet. C’est souvent à ce moment-là que les angles morts apparaissent : une donnée fournisseur inexistante, une substance mal documentée, une nomenclature incomplète, un composant surdimensionné, une recyclabilité surestimée, une durée de vie non objectivée, une allégation environnementale fragile.
Pourquoi l’ACV devient centrale dans la préparation du DPP ?
Le risque, avec le DPP, serait de le réduire à un exercice de traçabilité documentaire. Ce serait passer à côté de l’essentiel.
La donnée produit n’a de valeur que si elle permet de prendre de meilleures décisions. Or pour améliorer un produit, il faut d’abord comprendre où se situent ses impacts. Est-ce la matière ? La carte électronique ? La batterie ? L’énergie consommée en usage ? Le transport ? Le taux de rebut en production ? La fin de vie ? Le remplacement prématuré ? La réponse varie fortement selon les produits.
C’est là que l’ACV est indispensable. Une analyse du cycle de vie permet de quantifier les impacts environnementaux sur plusieurs indicateurs et d’éviter les transferts d’impact. Par exemple, alléger un produit peut réduire les émissions liées au transport, mais dégrader la réparabilité. Remplacer un matériau peut réduire le carbone mais augmenter l’usage de ressources critiques. Augmenter la durabilité peut nécessiter plus de matière au départ mais réduire les remplacements sur la durée.
Sans approche cycle de vie, l’écoconception devient vite une succession de bonnes intentions. Avec une ACV bien menée, elle devient un outil d’arbitrage : où agir, dans quel ordre, avec quel gain potentiel, quel coût, quel risque et quel impact sur la proposition de valeur.
Chez CorpoKarma, nous défendons une approche très opérationnelle : l’ACV ne doit pas rester un rapport PDF rangé dans un dossier. Elle doit alimenter les décisions R&D, achats, innovation, marketing produit, conformité et stratégie industrielle. Un bon DPP doit donc être conçu comme un pont entre la donnée environnementale et la décision business.
Le battery Passport
un cas avancé à regarder de près
Le cas des batteries donne un aperçu concret de ce qui arrive. Le règlement européen sur les batteries prévoit un passeport batterie à partir du 18 février 2027 pour certaines catégories, notamment les batteries de véhicules électriques, les batteries de moyens de transport légers et les batteries industrielles de plus de 2 kWh [7].
Ce passeport devra inclure des informations d’identification, des données techniques, des informations sur la composition, la performance, la durabilité, la fin de vie, la collecte, les substances préoccupantes, la conformité, le devoir de vigilance et la performance environnementale. Le carbone, la part de matières recyclées et les informations de circularité deviennent donc des données structurantes.
Pourquoi est-ce intéressant pour les fabricants d’EEE, même hors batteries ? Parce que le Battery Passport montre la logique de fond : le DPP ne sera pas seulement une interface utilisateur. Il sera un système de preuve, combinant données techniques, environnementales, réglementaires et fournisseurs. Il imposera de relier des informations jusqu’ici dispersées entre plusieurs services.
Les entreprises qui anticipent ce mouvement construiront plus qu’un passeport. Elles construiront une capacité interne à piloter leurs produits dans une économie plus contrainte en carbone, en ressources et en conformité.
Les quatres leviers de création de valeur du DPP
Le DPP peut créer de la valeur de quatre manières très concrètes.
D’abord, il permet de structurer la donnée produit et fournisseur. Beaucoup d’industriels découvrent, lorsqu’ils commencent ce travail, que leurs données sont fragmentées, hétérogènes ou dépendantes de quelques experts internes. Le DPP force une mise en ordre : nomenclatures, données matières, preuves fournisseurs, certifications, formats, responsabilités, qualité de donnée. Ce n’est pas glamour. Mais c’est souvent le socle de tout le reste.
Ensuite, il permet de mesurer les impacts environnementaux. En reliant les données produit aux méthodes ACV ou PCF, l’entreprise identifie les principaux contributeurs d’impact et priorise ses efforts. Elle évite de disperser ses ressources sur des micro-actions visibles mais peu significatives.
Troisième levier : déclarer et valoriser. Dans un marché où les donneurs d’ordre, distributeurs, investisseurs et autorités demandent de plus en plus de preuves, le DPP peut renforcer la crédibilité. Il permet de documenter la conformité produit, de sécuriser certaines allégations environnementales et de répondre plus efficacement aux demandes clients. À condition, évidemment, que les données soient robustes. Le greenwashing ne disparaît pas avec un DPP. Il peut même devenir plus visible.
Enfin, le DPP permet d’améliorer et innover. Les informations collectées peuvent nourrir les feuilles de route d’écoconception : substitution matière, réduction de masse, modularité, réparabilité, standardisation des pièces, hausse de contenu recyclé, réduction des consommations en usage, amélioration de la démontabilité, stratégie de reconditionnement ou nouveaux modèles économiques.
Le DPP devient alors un outil de compétitivité durable : meilleure connaissance produit, meilleure maîtrise fournisseur, meilleure capacité à répondre aux exigences marché, meilleure trajectoire d’innovation.
Comment se préparer concrètement
une méthode en quatre étapes
La première étape consiste à prioriser. Toutes les gammes ne doivent pas être traitées au même niveau dès le départ. Il faut identifier les produits concernés par les futures obligations, les produits stratégiques, les gammes les plus vendues, les produits à risque réglementaire, les produits fortement exposés aux demandes clients ou aux appels d’offres. L’objectif n’est pas de tout faire, tout de suite. L’objectif est de choisir le bon pilote.
La deuxième étape est de cartographier et structurer la donnée. Il s’agit de recenser les données disponibles : composition, masses, matériaux, fournisseurs, origine, substances, conformité, données carbone, données d’usage, réparabilité, fin de vie. Puis d’identifier les trous dans la raquette : données manquantes, formats non exploitables, absence de preuve, fournisseurs non répondants, hypothèses trop génériques. Cette étape doit aussi définir une gouvernance : qui est propriétaire de quelle donnée ? qui la met à jour ? qui la valide ? à quelle fréquence ?
La troisième étape consiste à mobiliser les métiers et les fournisseurs. Un DPP ne peut pas être porté uniquement par la RSE. Il implique R&D, achats, qualité, IT, juridique, marketing produit, conformité, service après-vente et fournisseurs. Les achats jouent un rôle clé pour organiser la collecte amont. La R&D est essentielle pour traduire les résultats en choix de conception. L’IT doit garantir l’intégration dans les systèmes existants. La qualité et la conformité doivent sécuriser les preuves.
La quatrième étape est de déployer puis industrialiser. Une gamme pilote permet de tester la méthode, de fiabiliser les données, de choisir les outils, de construire les formats, de valider les responsabilités et d’identifier les irritants. Ensuite seulement, l’entreprise peut passer à l’échelle : plusieurs gammes, plusieurs pays, plusieurs fournisseurs, plusieurs niveaux de données, plusieurs usages internes et externes.
Les erreurs à éviter
La première erreur serait de traiter le DPP comme un projet purement IT. La solution technique compte : QR code, NFC, RFID, base de données, API, architecture, droits d’accès. Mais la technologie ne résout pas une donnée inexistante, fausse ou non gouvernée. Un mauvais contenu dans un bel outil reste un mauvais contenu.
La deuxième erreur serait de collecter trop large, trop vite. Beaucoup d’entreprises veulent tout demander à tous les fournisseurs. Résultat : faible taux de réponse, données inutilisables, fatigue fournisseurs. Mieux vaut prioriser les composants critiques, les familles d’achat importantes, les données obligatoires et les contributeurs d’impact.
La troisième erreur serait de réduire l’analyse au carbone. Le carbone est indispensable, mais les EEE posent aussi des enjeux de ressources, substances, réparabilité, durée de vie, toxicité, recyclabilité, consommation en usage et déchets. Une approche mono-indicateur peut conduire à de mauvais arbitrages.
La quatrième erreur serait de confondre transparence et communication. Le DPP ne doit pas devenir un argument marketing avant d’être un système de preuve. Les allégations environnementales doivent être prudentes, documentées, vérifiables et compréhensibles. La crédibilité se construit par la robustesse, pas par l’enthousiasme graphique.
La cinquième erreur serait d’oublier la mise à jour. Un produit évolue : changement de fournisseur, modification matière, nouvelle version, nouveau lieu de production, amélioration de réparabilité, évolution du mix électrique, changement de scénario de fin de vie. Le DPP doit vivre avec le produit. Sinon, il devient vite obsolète.
Ce que les industriels peuvent faire dès maintenant
Même si certains détails réglementaires restent à préciser, les industriels peuvent avancer dès aujourd’hui.
Ils peuvent commencer par identifier leurs gammes prioritaires et les textes applicables. Ils peuvent construire une première matrice de données DPP : quelles données seront probablement nécessaires, où sont-elles disponibles, qui les possède, avec quel niveau de confiance ? Ils peuvent lancer une ACV ou un Product Carbon Footprint sur un produit représentatif. Ils peuvent tester la collecte fournisseur sur une famille critique. Ils peuvent organiser un atelier entre R&D, achats, qualité, RSE et IT pour clarifier les responsabilités. Ils peuvent aussi intégrer les critères d’écoconception dans les prochains développements produits plutôt que de tenter de corriger après coup.
C’est là que la notion d’avantage compétitif prend du sens. Les entreprises qui anticipent le DPP auront une meilleure connaissance de leurs produits, une meilleure capacité à répondre aux donneurs d’ordre, une meilleure maîtrise de leurs risques fournisseurs et une meilleure base pour innover. Les autres découvriront le sujet au moment où leurs clients demanderont des données précises, dans un format précis, avec des preuves, pour la semaine suivante. Spoiler : ce n’est généralement pas le meilleur moment pour structurer une chaîne de données.
L’approche CorpoKarma
mesurer, décider, transformer
Chez CorpoKarma, nous accompagnons les industriels à l’interface entre bureau d’études environnemental et conseil en transformation. Cette double compétence est particulièrement adaptée au DPP.
D’un côté, il faut mesurer : réaliser des ACV, des Product Carbon Footprints, comprendre les matériaux, les procédés industriels, les flux, les bases de données, les hypothèses, les incertitudes et les indicateurs environnementaux. De l’autre, il faut transformer : structurer la gouvernance, embarquer les achats et la R&D, organiser la collecte fournisseurs, intégrer les résultats dans les décisions produit, construire des plans d’action et passer à l’échelle.
Le DPP est exactement à la croisée de ces deux mondes. Trop technique pour être traité uniquement comme un sujet de communication. Trop organisationnel pour être confié uniquement à un outil. Trop stratégique pour être reporté au dernier moment.
Notre conviction est simple : le passeport numérique produit ne doit pas être conçu comme une obligation administrative, mais comme un système de pilotage de la performance environnementale des produits et des chaînes de valeur. Pour les EEE, c’est même une opportunité rare de relier conformité, écoconception, achats responsables, innovation et compétitivité industrielle.
En résumé
le DPP sera une contrainte. La question est de savoir ce que vous en ferez.
Le Digital Product Passport va progressivement devenir un standard de marché. Les équipements électriques et électroniques sont particulièrement exposés, parce qu’ils concentrent les enjeux de composition, substances, réparabilité, matières critiques, traçabilité et fin de vie.
Mais la conformité n’est que le point de départ. Le vrai sujet est la capacité des industriels à transformer la donnée produit en décisions : mieux concevoir, mieux acheter, mieux réparer, mieux recycler, mieux prouver, mieux vendre.
Le DPP peut devenir un coût subi. Ou un actif stratégique.
La différence se jouera dans la méthode : prioriser les bons produits, structurer les bonnes données, mesurer avec rigueur, mobiliser les métiers, embarquer les fournisseurs et utiliser les résultats pour faire évoluer les produits. C’est moins séduisant qu’un QR code sur un packaging. Mais infiniment plus utile.
Références :
[1] Support CorpoKarma : Digital Product Passport des EEE & écoconception, ReUSE Expo 2026.
[2] Commission européenne : The European Green Deal.
[3] Commission européenne : Circular Economy Action Plan / Circular Economy.
[4] Commission européenne : ESPR, règlement sur l’écoconception des produits durables, entré en vigueur en juillet 2024.
[5] Commission européenne : ESPR and Energy Labelling Working Plan 2025-2030.
[6] Commission européenne : chiffres et enjeux WEEE/DEEE, 14,4 Mt d’EEE mis sur le marché et 5 Mt d’e-waste collectées en 2022.
[7] EUR-Lex : Règlement batteries (UE) 2023/1542, article 77, Battery Passport à partir du 18 février 2027.
[8] Commission européenne : Directive droit à la réparation, entrée en vigueur le 30 juillet 2024, application par les États membres à partir du 31 juillet 2026.
[9] CEN-CENELEC : travaux de normalisation DPP, notamment CEN-CLC/JTC 24 “Digital Product Passport – Framework and System”.
FAQ
Digital Product Passport
Le Digital Product Passport est-il obligatoire pour tous les produits ?
Le DPP sera déployé progressivement par familles de produits dans le cadre de l’ESPR et d’autres réglementations sectorielles. Les batteries disposent déjà d’un calendrier spécifique avec le Battery Passport. Pour les autres produits, les obligations précises dépendront des actes délégués et des catégories concernées.
Les équipements électriques et électroniques seront-ils concernés ?
Les EEE sont fortement exposés, car ils concentrent des enjeux de substances, composants, réparabilité, recyclabilité, consommation en usage, déchets électroniques et matières critiques. Le plan de travail ESPR prévoit également des mesures horizontales sur la réparabilité et la recyclabilité des équipements électriques et électroniques.
Quelle différence entre DPP, ACV et Product Carbon Footprint ?
Le DPP est un support numérique structuré qui rend accessibles des informations produit. L’ACV est une méthode d’évaluation environnementale multi-critères sur l’ensemble du cycle de vie. Le Product Carbon Footprint se concentre sur l’empreinte carbone d’un produit. L’ACV et le PCF peuvent alimenter le DPP, mais ils ne le remplacent pas.
Faut-il attendre les obligations définitives avant d’agir ?
Non. Les exigences détaillées vont se préciser, mais les fondamentaux sont déjà clairs : données produit, traçabilité, conformité, réparabilité, circularité, impacts environnementaux, gouvernance fournisseur. Les entreprises peuvent dès maintenant lancer des pilotes et structurer leur donnée.
Un QR code suffit-il pour faire un DPP ?
Non. Un QR code est seulement un support d’accès. Le vrai sujet est la qualité des données, leur mise à jour, leur interopérabilité, leur niveau de preuve et leur utilité pour les différents acteurs de la chaîne de valeur.
Abonnez-vous à notre Newsletter trimestrielle
Regards sur l’industrie en mouvement : Durabilité, focus critique et témoignages d’industriels
NOS RESSOURCES
Découvrez d’autres articles, guides et analyses pour dessiner l’industrie de demain

Product Carbon Footprint (PCF) et chaîne de valeur : un levier stratégique
Qu’est-ce que le Product Carbon Footprint (PCF) ? Quels enjeux et objectifs ? Notre Manager ACV/Ecoconception répond aux grandes questions…

LESS : créer un dialogue à travers la récolte de données ESG
Entretien avec Christine Bourge sur l’initiative LESS, qui fédère dix enseignes pour simplifier et harmoniser la collecte des données carbone.

Achats responsables et stratégie d’entreprise – Hugues Poissonnier
Hugues Poissonnier nous partage son expertise d’économiste sur les achats responsables et leur intégration stratégique en entreprise

Cinq facteurs clés pour votre répondre au CDP avec succès
Notre expert en RSE vous présente ses conseils, en 5 facteurs clés à prendre en compte pour répondre au questionnaire CDP avec succès.
DECOUVREZ
Les offres d’accompagnement
CorpoKarma
Réaliser une analyse de cycle de vie de vos produits & services
Nous mesurons les impacts environnementaux de vos produits tout au long de leur cycle de vie en suivant la norme ISO14040 et progressivement vous orienter vers l’écoconception.
Construire sa stratégie Climat via ACT Pas à Pas
Projetez votre modèle d’entreprise et votre portefeuille de produits et services en intégrant le facteur Climat, à l’aide de la méthodologie ACT pas à pas, et alignez vos objectifs avec les accords de Paris.
Utiliser la CSRD pour enrichir votre stratégie RSE
Transformez la CSRD en un outil pour renforcer votre stratégie RSE, approfondir la maîtrise de vos enjeux environnementaux et sociaux , et structurer votre gouvernance. En coaching ou en accompagnement, nous naviguons ensemble la directive.